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Le cauchemar de Darwin

Damou, le vendredi 1er avril 2005
 

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Une ombre avance sur un lac immense. Vrombissement, atterrissage.
Nous sommes à Mwanza - Tanzanie - sur les rives du lac Victoria (le plus étendu d’Afrique, avec ses 68.000 km2). Véritable mer intérieure dans cette région du continent qui est selon toute vraisemblance le berceau de l’humanité et, pour l’heure, la scène d’une bien triste pièce dans laquelle Hubert Sauper nous entraîne au rythme des rotations des Iliouchines, ces avions cargo hérités de l’ex URSS.
Que font ces engins rafistolés, dans cette ville improbable qui pourrait - comme beaucoup d’endroits d’Afrique - ressembler au paradis ? Dans un sombre ballet ils viennent y chercher un "trésor" pour poissonniers européens - la perche du Nil - et y apportent de quoi "alimenter" les guerres africaines : des armes.

Hubert Sauper fait preuve d’une rare finesse avec ce film. Il nous montre par le biais du sinistre exemple de cette industrie le fonctionnement de notre Monde. Difficile de rester optimiste en sortant de la salle !

Ici point de grandes tirades et de conclusions à l’emporte pièce comme chez M. Moore. Hupert Sauper ne commente pas. Il se contente de poser quelques questions, il nous donne à voir la face cachée du capitalisme triomphant qui, à l’instar des perches géantes, dévore tout sur son passage.
Poisson bon marché en Europe, Africains devant se contenter des carcasses putréfiées des monstres, lac Victoria voué à l’asphyxie, pilotes russes alcoolisés, prostituées, sida et gosses des rues se droguant avec une glue fabriquée à partir des emballages de... perche du Nil. C’est "tout" ce que nous montre le réalisateur. A nous de nous faire notre opinion...

La marche du Monde prend sous l’oeil de Sauper une dimension inquiétante et terriblement humaine. Le réalisateur nous montre en effet la perversité extrême du capitalisme, système qui réussit à nous faire croire que chacun a quelque chose à perdre dans sa remise en question.
C’est bien cela qui le rend terrifiant car comme les perches qui en arrivent à s’entre-dévorer, les hommes sont, dans cette oeuvre magistrale, acteurs et victimes du "village planétaire" tant vanté par les média occidentaux.

Ce film (coproduit par la chaîne Arte) a reçu de multiples récompenses : Prix du Meilleur documentaire au Festival de Montréal, Grand Prix du Meilleur film au Festival de Copenhague, Prix Europa Cinémas à la Mostra de Venise et Grand Prix Documentaire au Festival du film de l’environnement de Paris. Si vous vous demandez encore pourquoi, courrez le voir !

Et dès maintenant, écoutez l’interview de Hupert Sauper pour l’émission Terre-à-terre


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