Accueil > Débattre > Opinions > Les barrages en question

Les barrages en question

Onéma, le jeudi 1er mars 2007
 

Mots-clés

Une des première énergie utilisée par l’homme, après sans doute le feu, a été celle de l’eau qui s’écoule. Les Romains connaissaient la roue à aube et la construction de barrages qui permet d’augmenter la puissance de la rivière (en augmentant la chute d’eau) et de stocker cette énergie (en retenant l’eau).

La construction d’un barrage a longtemps été un chantier difficile voire dangereux car par nature dans l’eau. C’est aussi un acte lourd de conséquences en termes d’impact environnemental. Ces ouvrages jouant sur la ligne d’eau de la rivière, ils la modifient en termes d’érosion, d’inondation mais aussi de biologie. Le cycle biologique des poissons migrateurs (saumons, esturgeons, aloses, lamproies pour ne citer que les plus connus) est interrompu entraînant leur raréfaction voire leur disparition. Dans la retenue, les poissons d’eau vive sont remplacés par des espèces d’eau calme.

Dès le Moyen-Age, les barrages ont été réglementés et à de rares exceptions près, seuls les seigneurs ou les moines (pour les digues d’étangs) avaient le droit de posséder et de concéder l’exploitation d’un moulin. À la révolution, cet usage s’est démocratisé, mais l’Administration des Eaux et Forêts s’est vue chargée de garantir les différents usages du cours d’eau lors de chaque création de barrage. (Pour en savoir plus)

Les barrages se sont ainsi multipliés pour atteindre sans doute un maximum de 100 000 (un pour 300 habitants) lors d’un recensement en 1808 [1]. Aujourd’hui on en ignore le nombre exact, d’autant plus que leurs usages (production d’électricité, prise d’eau, navigation, stabilisation du lit, etc.) et leur conception (maçonneries, seuil en roches, vannes, clapets, aiguilles, etc.) sont très variés. Mais si on s’en réfère aux états des lieux réalisés pour la Directive Cadre sur l’Eau du 22/10/2000, il n’en reste sans doute plus que 2 ou 3 dizaines de milliers (8 000 en Seine Normandie, 3 500 en Rhin-Meuse)

Des ouvrages qui vieillissent

Un grand nombre de barrages a donc déjà disparu. C’est la même énergie des cours d’eau qui a conduit à leur construction qui est responsable de leur disparition. La force érosive de la rivière dégrade les seuils ou finit par les contourner.


Brèche dans le barrage de Mécrin sur la Meuse

Selon les régions il faudra plus ou moins de temps (à mesurer souvent en siècles) mais le barrage s’il n’est pas entretenu finira toujours par disparaître. Entre temps plusieurs espèces de poissons auront disparu. Un nouvel équilibre se sera créé.

Le retour à la dynamique normale peut être violent comme en 1959 où la vague générée par la rupture du barrage de Malpasset fit 423 morts à Fréjus.

Lors de chaque disparition d’un seuil, la rivière doit retrouver un équilibre de pente. Cela se traduit par des reprises d’érosion jusqu’au nouvel équilibre. Ce phénomène est très bénéfique pour l’écosystème en régénérant les frayères pour les poissons, les berges pour les oiseaux, les zones humides, etc. Mais il peut aussi avoir des incidences sur les bâtiments et ouvrages d’art (pont, route) en bordure de cours d’eau et sur les niveaux d’eau en crue.

JPEG - 93.9 ko
Cours d’eau rescindé. Source IGN géoportail

Malheureusement pour la nature, les activités humaines ne supportent pas qu’un cours d’eau puisse revendiquer cette liberté. On construit donc des digues, des drains, on détourne les cours d’eau. Dans le temps, on les curait, maintenant on les entretient. Et pour les barrages, la loi prévoit que les plus grands doivent faire l’objet d’une vidange décennale pour surveiller leur infrastructure.



EDF dans la tourmente

Oui mais voila, le magazine Capital, et toute la presse par la suite, a révélé que sur les 450 barrages gérés par EDF (les plus rentables, donc les plus gros et dangereux en cas de rupture), 200 d’entre eux sont vétustes et présentent des risque de "rupture" ou d’"effondrement". Une centaine sont même jugés dangereux.

EDF annonce alors que pour rattraper ce défaut d’entretien, elle a prévu un demi milliard d’euros. Mais il faudra 80% de cette somme pour restaurer le seul barrage de Tuilières sur la Dordogne qui… est tombé il y a un an !

A qui profite la fuite [2] ?

Pourquoi un groupe qui annonce un bénéfice de 5,6 milliards d’euros en 2006, soit +73,5% a négligé l’entretien de son outil de production ? Est-ce pour satisfaire son actionnariat ? Fait-il la même chose avec ses centrales nucléaires ?

Enfin il convient de s’interroger sur cette étonnante campagne de presse. A qui profite-t-elle ? Comment un tableau (non signé) mais barré d’un confidentiel est-il parvenu aux journalistes de Capital ?

La restauration d’un barrage est soumise à autorisation administrative. L’autorité administrative peut profiter de cette démarche pour imposer des mesures compensatoires (passe à poissons, grilles empêchant le passage des poissons dans les turbines, débit réservé dans les bras court-circuités) pour atteindre le bon état écologique des cours d’eau. Une procédure d’urgence peut légalement permettre des travaux sans ces investissements écologiques, les repoussant ainsi aux calendes grecques.

Autre étrangeté du calendrier, le 15 février dernier, le conseil des ministres européens est revenu sur le caractère contraignant des 20 % d’énergie renouvelable d’ici 2020. Les ministres se sont prononcés pour que cet objectif reste seulement indicatif.

Condamnation européenne qui s’éloigne et barrages en ruine, que reste-t-il ? Le nucléaire pardi !

Dépêche Yahoo

[1] D’après une étude de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne.

[2] d’eau bien sûr


Brèche dans le barrage de Mécrin sur la Meuse
Demain la Terre.net 2005 Tous droits réservés - Merci SPIP