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Nucléaire, O.G.M, nanotechnologies

la science contre la démocratie
Ysengrin, le vendredi 14 janvier 2005
 

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Qui est en mesure d’évaluer les conséquences à terme des manipulations génétiques ? Elles sont basées sur des recherches très récentes, de quelques dizaines d’années seulement. Elles sont entièrement contrôlées par une poignée de scientifiques, qui monopolisent l’expertise dans un domaine extrêmement complexe, mettant en jeu des millions de paramètres.

Des technologies incontrôlables

Tout ce que nous savons, c’est que les gènes se déplacent dans la nature en dehors de tout contrôle : personne ne peut prétendre suivre à la trace chaque grain de pollen, surveiller la reproduction de chaque poisson au fond de l’océan. L’ensemble des êtres vivants peut donc se trouver affecté sans que nous en ayons conscience par la diffusion des gènes introduits artificiellement dans la biosphère. [1]

C’est une première, et elle est plutôt inquiétante : un tout petit groupe d’"experts" (combien sont-ils exactement, ceux qui maîtrisent vraiment le génie génétique de pointe ? quelques dizaines ? quelques centaines ?) a les moyens d’influencer l’évolution de la vie sur la planète.

On peut probablement trouver un parallèle avec les apprentis-sorciers de la fission nucléaire du milieu du XXe siècle, au moment des premières centrales, des premières bombes. Mais même alors, ceux-là avaient pour le moins un certain recul en la matière : ils savaient par exemple que les Curie étaient morts des suites de leurs expériences, et se doutaient donc des dangers que celles-ci impliquaient. Alors qu’aujourd’hui, personne n’a le recul suffisant sur les bio-technologies, si jeunes et si complexes.

Hier, la fission atomique. Aujourd’hui, les manipulations génétiques. Et demain ? Des scientifiques nous préparent encore de nouvelles "avancées" technologiques effarantes : les nanotechnologies [2]. Presque 500 ans après la fameuse formule "science sans conscience n’est que ruine de l’âme" lancée par Rabelais, des scientifiques [3] continuent à s’abriter derrière une prétendue neutralité de l’expérimentation pour mener leurs recherches en toute impunité [4]

Nous n’avons bien sûr nous non plus l’expertise nécessaire pour juger du danger de ces expériences, nous n’entrerons donc pas dans un débat scientifique. Nous nous contenterons de faire remarquer que cette situation de concentration extrême de connaissances pouvant affecter l’avenir de l’espèce humaine toute entière pose de graves questions en terme de démocratie.

Des recherches anti-démocratiques

Dans un système politique démocratique, les citoyens sont en principe régulièrement appelés à se prononcer sur les choix impliquant l’avenir de la communauté. Ici ? Rien de tel ! Les choix mettant en jeu l’avenir de tous sont faits par quelques uns, sans mandat, sans légitimité, sans contrôle. Et quand bien même serait demain organisée une consultation électorale sur le sujet, personne, parmi les citoyens "de base" n’aurait les éléments pour se prononcer pour ou contre les bio-technologies.

Il est donc impératif de stopper cette folle course en avant. Et cela ne peut se faire que par un moratoire. Il ne s’agit pas de renoncer à ces recherches, mais simplement d’imposer une pause, d’une durée à préciser, pour permettre au plus grand nombre de se familiariser avec les dangers et les intérêts de ces recherches, pour enfin décider de manière démocratique si elles sont oui ou non judicieuses.

Action citoyenne contre folie du profit

Les bio-technologies, avant de constituer un problème scientifique, représentent bien un enjeu civique. Et de nombreuses réponses sont possibles dans le champ de l’action civique. Nous n’avons certainement pas pensé à toutes, si vous avez d’autres idées nous vous invitons à les partager ici-même en commentaire.

Le boycott est une riposte simple tout en étant très efficace. Elle est simple en ceci qu’elle n’exige pas d’organisation à grande échelle, et peut-être menée individuellement.

Elle est efficace car une grande partie de l’intérêt des bio-technologies réside dans les profits monstrueux qu’elles promettent. Refuser de consommer les produits issus de ces recherches diminue les gains à espérer, et réduit donc d’autant cet intérêt. Un boycott sera d’autant plus efficace qu’il sera généralisé : la recherche en génétique est complexe et chère, et ne peut être menée que par de grands groupes disposant de ressources importantes. Ainsi donc si ceux-ci ont beaucoup à gagner sur d’importants volumes commercialisés, ils ont également énormément à perdre sur un boycott à grande échelle.

Mais le secteur privé n’est pas seul engagé dans ces recherches. Celles-ci sont pour une bonne part financées sur fonds publics tirés des impôts que nous payons tous. Les pouvoirs publics, les responsables politiques sont donc en première ligne sur ce sujet. Et chaque citoyen à le droit, le devoir, d’interpeller son maire, son député, etc... sur sa position, ses actes, en ce domaine. Demain-la-terre n’a pas forcément vocation à lancer des campagnes de pression, mais nous nous ferons un plaisir de relayer celles que nos lecteurs voudront bien nous signaler.

Reste un important obstacle au boycott : le défaut d’information sur la composition des produits mis en vente. Et pour exiger une information fiable au consommateur, une pression collective est également nécessaire. Des groupes constitués agissant en ce sens existent : associations de consommateurs, associations de défense de l’environnement, syndicats, partis... Nos rubriques Risques biotechnologiques et Energie nucléaire en recensent quelques uns. Vous n’aurez pas de mal à en trouver d’autres ! Le site Monde solidaire offre notamment toutes les informations utiles sur les groupes de faucheurs volontaires et liste les réponses citoyennes possibles aux cultures O.G.M.

[1] Un dossier documentaire très fourni sur les cultures de Soja, Maïs, Coton, Colza, Dominique Vachez, novembre 2003.

[2] Le « pôle d’excellence » français en matière de nanotechnologies se situe à Grenoble. Le site grenoblois Pièces et main d’oeuvre nous informe sur le sujet.

[3] Quand des scientifiques luttent contre la privatisation du génome humain : pour garder un peu d’espoir, lire l’article du Monde Diplomatique Le génome humain sauvé de la spéculation.

[4] Lire par exemple la position de Louis Laurent, du C.E.A. face aux risques liés à la recherche, et aux nanotechnologies en particulier.


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